Chris Toran, Ellya tome 1

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Chris Toran, Ellya tome 1 gratuit

Résumé :

Ellya est une jeune femme vivant dans une petite ville, à environ quatre cents kilomètres
de New York, non loin de Portland. Elle y mène une petite vie tranquille d’agent immobilier,
jusqu’au jour où, subitement, un drame va venir perturber sa vie pour toujours.

La mort subite et inattendue de quelqu’un de proche, qui lui est cher, va provoquer
des remises en questions importantes, qui vont transformer sa vie professionnelle et amoureuse.

Ellya a déjà connu le grand amour dans sa vie, il y a de cela plusieurs années.
Alors qu’elle est toujours célibataire, malgré les autres aventures qu’elle a eues,
l’amour de sa vie va refaire surface après des années de cruelle séparation,
et elle se rend compte qu’elle est toujours autant attirée par lui.

Découvrez les aventures extraordinaires de cette femme, qui décide de changer de vie,
afin de découvrir la vérité sur la mort mystérieuse de sa meilleure amie et, également,
afin de protéger ses proches.

Mais l’amour et le plaisir auront-ils encore une place dans sa vie de jeune femme ?
Réussira-t-elle à trouver un équilibre au milieu de tous ces changements ?
Découvrez, avec le tome 1, comment tout a commencé pour Ellya !

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Tania et moi, premier bouleversement !

A 11 ans, ma vie bascula…

Bien que je sois allée au lit à trois heures du matin et qu’il ne soit que six heures
actuellement, je suis réveillée et je n’arriverai certainement pas à me
rendormir après ce que j’ai vécu hier. J’ai fait un rêve, que j’ai déjà oublié,
mais qui m’a fait me réveiller dans un état mélancolique. Après quelques
minutes, toujours couchée dans mon lit, avec une jambe par-dessus mon duvet,
l’autre dessous, comme pour ressentir à la fois la chaleur de mon lit et la
fraîcheur du matin qui entre par la fenêtre ouverte, je commençai à laisser mon
esprit m’emmener dans toutes sortes de pensées, par toujours cohérentes, si on
les prend les unes après les autres. Puis, tout à coup, tout se figea. Je me
rappelai la tragédie de la veille et je n’avais plus qu’une chose en
tête : cette fameuse journée, où tout bascula pour la première fois.

J’avais 11 ans et c’était le 3 avril 1998. Il faisait étrangement chaud pour la saison,
lourd. J’étais sortie, comme à l’habitude à cette heure de la journée, un peu
plus de dix-sept heures, pour jouer avec ma copine qui vivait juste en-dessous
de chez moi, malgré l’orage qui menaçait.

J’étais bien trop excitée par mon nouveau vélo, que je venais de recevoir la veille, jour de
mon anniversaire, pour me soucier du temps. Je ne pensais qu’à une chose :
regarder droit devant moi et rouler, rouler, rouler.

Il faut dire que, depuis quelques semaines, j’enviais ma copine avec son vélo.  Mais là, c‘en était fini. Je pourrais partir avec elle, le soir, après l’école, pour rejoindre le parc à quelques huit cents mètres, à droite, en sortant de notre maison.

Tania, ma copine qui était âgée d’une année de plus que moi, roulait devant moi. On parcourut sept cents mètres, sur la route principale, qui nous menait à l’entrée du parc.
Un profond sentiment de bonheur et de liberté m’envahit. J’avais l’impression
de partir pour un grand voyage, je me sentais plus grande, j’avais l’impression
de ressentir ce qu’un adulte ressent quand il prend la route, un mélange de
puissance et d’indépendance.

On arriva à dix-sept heures trente-cinq au parc, où jouaient déjà des dizaines d’enfants de
notre âge, et plus jeunes également. Tout à coup, j’entendis une voix qui
hurlait : « Attention, la balle ! ». Puis j’entendis ma copine Tania pousser un cri. Immédiatement, je la cherchai du regard et n’eus qu’une seconde pour planter sur mes freins et tourner mon guidon afin de l’éviter, car la malheureuse venait de tomber de son vélo suite au choc du ballon dans son visage.

Je m’en voulais déjà de ne pas avoir vu le ballon arriver sur ma copine, mais je n’eus
pas le temps d’y penser plus longtemps, car elle était allongée là, à trois
mètres de moi. Je me précipitai vers elle et remarquai qu’elle ne bougeait pas.
Je criais son nom, mais rien, aucune réponse.

A ce moment précis, je sentis mon cœur battre dans ma poitrine, fort, toujours plus fort.
Je m’approchai d’elle et eus l’impression que mon cœur allait sortir de ma
poitrine. Je tendis mes bras vers elle pour la secouer très légèrement et c’est
là que je vis du sang frais, juste sous son visage, qui coulait légèrement
autour de sa tête. Un sentiment de panique m’envahit alors. Tout se bousculait
dans ma tête. Devais-je la bouger ou, au contraire, ne pas la bouger, faire quelque
chose, mais quoi. Je levai ma tête comme pour avoir un avis et voir si
quelqu’un pouvait m’aider. Et là, je vis arriver la mère d’une copine, infirmière.
Je levai les mains au ciel et la suppliai, pour rien d’ailleurs, de nous venir
en aide. Je dis « pour rien », car, évidemment, c’est précisément pour ça qu’elle accourait.

C’était Annie Rappaz, la mère de ma copine de classe, Alexandra. Pendant quelques
secondes, je me sentis rassurée. Une infirmière, elle, saurait quoi faire.

Celle-ci, ayant assisté à la scène, se précipita pour examiner Tania et comprit vite que
c’était grave. Tout en lui prodiguant les premiers secours adéquats, elle me
demanda que l’on appelle une ambulance. Rapidement, un homme, qui était là, se
précipita dans la cabine téléphonique du parc et fit le nécessaire.

En moins de dix minutes, les ambulanciers arrivèrent et déposèrent Tania sur un brancard,
puis l’emmenèrent, sirènes allumées, à l’hôpital régional, aux urgences.

Je me retrouvai là, d’une minute à l’autre, seule dans le parc, la tache de sang encore
fraîche juste à côté de moi. J’étais comme tétanisée.

Tellement de sentiments, de pensées, se bousculaient en même temps dans ma tête. Pourquoi Tania de bougeait-elle pas, était-ce grave, y-aurait-il des séquelles ?

Pour moi qui, jusqu’à ce jour, avait eu une vie sans histoire, je pourrais même dire heureuse,
le fait que de vivre cet accident en direct, c’était comme si une partie de ma
vie avait été transformée. Mon monde presque parfait, le monde de mon enfance,
s’effondrait, pour laisser place à… En fait, c’est bien ça qui me faisait
paniquer à l’intérieur de moi-même, je ne savais pas à quoi. Je n’avais qu’une
certitude : ce sentiment de stress, mêlé d’une peur indéfinissable,
m’envahissait pour la première fois de ma vie.

Je détestais ces pensées, ces impressions qui me torturaient l’esprit, mais en même temps,
je n’avais pas le temps de trop y penser, tant mes pensées se focalisaient
également sur Tania. Comment allait-elle ?

Soudain, l’orage éclata et me ramena à la réalité présente. J’étais dans le parc, seule,
sous la pluie et je me dis qu’il fallait que je rentre au plus vite.

Arrivée à la maison, ma mère remarqua tout de suite que quelque chose n’allait pas. Je me
mis à sangloter, puis à pleurer sans plus pouvoir me retenir.

Une ou deux minutes après, j’expliquai à ma mère ce qui s’était passé au parc. Immédiatement, elle me prit dans ses bras, puis commença à composer le numéro de téléphone de chez Tania afin de prendre des nouvelles auprès de sa mère.

Celle-ci ne répondait pas. On en conclut qu’elle était partie à l’hôpital.

Je suppliai ma mère d’appeler l’hôpital et, finalement, elle accepta. Je sentais mes jambes
trembler pendant qu’elle parlait au téléphone, puis elle raccrocha. Elle était
très pâle. Elle me dit : « C’est grave. Sa tête a heurté une pierre
pointue qui était par terre, juste à côté de l’œil, ce qui lui a fait une
blessure assez profonde, en plus d’un choc traumatique violent. Son œil est
sauvé. Pour le reste, il faudra attendre pour savoir s’il y aura des séquelles. »

Je partis dans ma chambre. Il me sembla que rien ne serait plus comme avant. J’avais pris
conscience que la vie est fragile, que le monde qui m’entoure n’est pas
éternel, que tout peut changer, d’un jour à l’autre, et dans ma tête de petite
fille de 11 ans, ça faisait beaucoup pour une journée.

Cette nuit-là, pour la première fois, je rêvai que je volais d’un endroit à un autre et, à mes
côtés, sans vraiment pouvoir distinguer de forme précise, une lumière
m’accompagnait, une présence très lumineuse, mais vraiment sans forme
distincte.

Le lendemain matin, c’était incroyable. J’avais de la compassion pour Tania, mais j’étais
confiante, rassurée, très bien dans ma peau. J’en étais presque mal à l’aise,
mais je me dis que je pourrais mieux l’aider à se rétablir si moi-même j’allais
bien.

J’allai souvent chez elle pendant sa convalescence, qui se passait plutôt bien. On
jouait, on riait. Parfois, je mangeais chez elle, mais je dois dire que si sa
mère était chaleureuse, sympathique, son père, lui, était un personnage froid, distant.
Et ce qui me dérangeait le plus, c’était sa façon de me regarder. C’était bizarre,
c’était comme s’il n’aimait pas la complicité que nous avions, Tania et moi.

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Une belle amitié foudroyée

Nous sommes en 2012. Je suis dans mon lit et je me sens très triste, très malheureuse. Il faut dire que, la veille, nous nous préparions, Tania et moi, à partir en weekend à la montagne. Nous voulions partir entre filles, dans un petit chalet que nous avions loué pour le weekend end.

Depuis que je l’avais aidée à se rétablir, par ma présence, mon enthousiasme, nous étions devenues comme deux sœurs. Nous avions continué à nous voir presque tous les jours pendant notre adolescence, puis, par la suite, au moins une fois par semaine, pour aller se faire un restaurant, un cinéma ou autre.

A ce moment-là, nous avions décidé de nous accorder un peu de détente bien méritée, moi qui passais la majeure partie de mon temps, presque sept jours sur sept, à faire visiter des maisons, appartements, commerces, en tant qu’agent immobilier et, Tania, qui était infirmière et cumulait les heures supplémentaires depuis des mois.

En fait, ce premier samedi matin d’octobre, tout avait bien commencé.

A sept heures trente, j’entendis la sonnerie de ma porte d’entrée. C’était Tania qui arrivait. Nous avions décidé de prendre le petit déjeuner ensemble, chez moi.

Nous avions trois heures de route à faire et voulions avoir bien mangé avant de partir. Nous allions rouler d’une traite jusqu’à un restaurant, à la montagne, où nous voulions manger à midi, et qui se trouvait près du lac qui bordait le centre de la station.

A huit heures trente, nous décidâmes de partir. Nous mîmes nos valises et nos sacs dans le coffre de ma voiture. Je m’assis rapidement derrière le volant et, au moment de s’asseoir à côté de moi, Tania eut juste le temps d’entrer une jambe dans la voiture, quand, tout d’un coup, elle s’écroula.

Je me précipitai hors de la voiture et la rejoignis en criant : « Tania, mais qu’est-ce qui se passe ? » Je la vis par terre, inerte.

Je la bombardai de questions, mais rien, aucune réponse. Je la saisis par les épaules, mais sa tête tomba en arrière.

Je me sentis mal, très mal. J’eus même quelques vertiges. Mais que se passait-il ? Elle ne me répondait pas, elle était comme évanouie. Je me précipitai chez moi et je fis le numéro des urgences. En quelques minutes, l’ambulance fut devant chez moi.

L’ambulancier, qui venait de l’examiner, me regarda et me dit : « Désolé madame, il n’y a plus rien à faire. » « Comment ça, plus rien à faire ? », lui répliquai-je.

« Désolé, mais elle est morte », me répondit-il.

Je sentis mes jambes me lâcher. Le deuxième ambulancier, qui était à mes côtés, me prit dans ses bras, me soutint pour que je ne tombe pas. Il m’accompagna chez moi, me fit m’asseoir et me donna une de ces pilules qui permettent de se calmer. Je me retrouvai, en quelques minutes, complètement avachie.

Mais, je voulais savoir : « Qu’a-t-elle eu ? Que lui est-il arrivé ? »

« On l’ignore », me répondirent les ambulanciers, « impossible d’avoir le moindre indice. On va l’emmener et on vous informera dès qu’on pourra en savoir plus. »

On devrait être en train de rouler en direction de notre chalet et, à la place de cela, je me retrouvais seule chez moi, avec ma valise et mon amie, qui m’avait quittée d’un coup, sans prévenir, comme foudroyée par la mort.

Cette journée se termina sans que je ne sache vraiment ce que j’avais fait. J’étais assommée par ce que m’avait donné l’ambulancier. Tôt dans la soirée, je me couchai et m’endormis immédiatement.

Le lendemain matin, après m’être remémorée notre aventure à vélo, Tania et moi, quand j’avais 11 ans, et cet accident qu’elle avait eu juste sous mes yeux, puis après avoir réalisé que je ne la reverrais plus suite à cette tragédie, arrivée la veille devant chez moi, je me levai d’un bond et décida de savoir exactement ce qu’il lui était arrivé.

Je pris ma voiture et me rendis à l’hôpital. On m’accueillit chaleureusement, mais en m’indiquant qu’il fallait patienter jusqu’à quinze heures environ, afin d’avoir les résultats de l’autopsie.

Ne voulant pas rentrer chez moi, je décidai, pour essayer de penser à autre chose, d’aller faire les magasins, de manger un plat léger et d’attendre, d’attendre les résultats.

J’avais laissé mon numéro de portable à l’hôpital, afin d’être avertie dès qu’il y aurait du nouveau. Ce dernier sonna à quinze heures trente. Un médecin me dit immédiatement : « On n’a rien trouvé, rien d’anormal. »

« Mais enfin », lui répondis-je, « elle est morte, mais de quoi alors ? »

« On n’en sait rien, désolé », et la discussion s’arrêta là, car, visiblement, ce médecin ne voulait pas en dire plus.

Quelques minutes plus tard, j’appelai l’hôpital et demandai le médecin légiste qui avait examiné Tania. Après avoir pu discuter pendant quelques minutes avec celui-ci, il me dit qu’il allait, dès le lendemain, examiner son dossier médical complet et que, par la suite, il préfèrerait discuter directement avec un membre de sa famille. Je lui proposai d’appeler sa mère et que cette dernière puisse le rappeler le lendemain, en fin de journée. Il acquiesça et nous en restâmes là. Il s’était écoulé un jour depuis le décès foudroyant de mon amie Tania.

Sitôt rentrée, j’appelai la mère de Tania, qui était toujours en pleurs, lui présentai mes condoléances et l’informa de ma discussion avec le médecin légiste.

Cette dernière m’invita à me rendre chez elle le lendemain, afin d’être présente quand elle téléphonerait au médecin. Cela m’arrangea, car je n’osais pas le lui demander. J’acceptai donc immédiatement son invitation.

Je n’avais maintenant plus envie que d’une chose : tout oublier, me relaxer. Je fis couler un bain et, tout en écoutant de la musique classique, je me relaxai pendant plus d’une heure dans une eau bien chaude et savonneuse.

Ce début de journée fut pénible. J’aurais voulu qu’il soit tout de suite seize heures, heure à laquelle la mère de Tania appellerait le médecin légiste. Je travaillais, certes, mais sans conviction, un peu comme un robot, de façon automatique.

La maman de Tania, une petite femme d’habitude très vive, m’accueillit à quinze heures quarante-cinq. Elle était très pâle, elle n’avait pas dû dormir beaucoup. Elle me proposa immédiatement une tasse de thé, comme pour s’occuper avant le téléphone de seize heures. Nous n’avions, ni elle, ni moi, envie de trop parler.

Enfin, il sonna seize heures à l’horloge du salon. Péniblement,  la maman de Tania se leva, prit le téléphone et composa le numéro du médecin légiste, tout en se rasseyant immédiatement. Elle laissa sonner un coup, deux coups. Puis, au troisième coup, la secrétaire répondit. Cette dernière passa immédiatement la communication au médecin légiste.

Le médecin commença à parler à la mère de Tania en ces termes : « Ecoutez, madame, ce que j’ai constaté en examinant le dossier médical de votre fille m’a stupéfait. En fait, durant les quatorze derniers mois, votre fille a consulté plus de trente-deux fois son médecin, des cabinets privés et même des hôpitaux. »

J’ai donc décidé d’appeler quelques-uns des médecins qui l’ont eue pour des examens, afin de pousser mes investigations encore plus loin. Mais tous m’ont dit la même chose, ce qui est inscrit dans son dossier médical. Elle était, visiblement, gravement malade, mais qu’avait-elle réellement ? Aucun examen ne pouvait vraiment nous le révéler.

Tania allait voir les médecins en se plaignant de douleurs articulaires et même de nausées. Les douleurs allaient en augmentant au fil des mois.

En conclusion, le médecin légiste était vraiment perplexe, car, non seulement le décès de Tania était incompréhensible, mais également les mois qui ont précédé son décès, avec ces douleurs inexplicables et cette souffrance terrible, qu’elle essayait de cacher aux autres, notamment à son entourage.

Le médecin légiste fut visiblement troublé et ne put malheureusement pas en dire plus. L’entretien prit donc fin.

La mère de Tania déposa le combiné du téléphone et commença, immédiatement, à me compter les dires du médecin légiste. J’en restai abasourdie.

« Et maintenant, que va-t-il se passer ? », me demanda-t-elle ?

« Rien », lui dis-je, « son dossier va être classé en instance, ce qui signifie, cause de décès indéterminée. »

Sa mère me regarda et me demanda si j’étais au courant de son état de santé, de ces problèmes. Je lui répondis que non. « En fait, je ne soupçonnais rien, car je ne l’avais jamais vue se plaindre et elle ne s’était jamais confiée à moi », lui dis-je. « A moi non plus », ajouta sa mère, comme contrariée par ce fait.

Tout en buvant une nouvelle tasse de thé, je lui demandai comment allait son mari, le père de Tania. Elle me répondit qu’il s’était renfermé sur lui-même, malgré sa profession, enseignant en mathématiques, qu’il ne parlait pas ou presque pas quand il était à la maison, déjà introverti de nature. Il encaissait en gardant tout pour lui, et on ne change pas à 55 ans, au contraire.

Je restai encore vingt minutes chez elle et la quitta vers dix-sept heures quinze environ.

Nous étions toutes les deux très tristes. A cela se rajoutait un sentiment de contrariété, empreint d’un pointe de colère, car, malgré l’entretien avec le médecin légiste, non seulement le mystère sur la mort de Tania n’était toujours pas éclairci, mais, pire, il devenait encore plus inexplicable et risquait de le rester, au vu de la conclusion du médecin légiste.

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Une rencontre et le début d’une grande amitié

L’hiver allait arriver avec son lot de neige, de froid. Je décidai de me remettre à faire du sport, en salle évidemment, car je n’aime pas trop le ski. Je choisis un abonnement de six mois et pris la résolution d’aller au moins deux fois par semaine m’entraîner. Cela me ferait du bien et me permettrait peut-être de me changer plus vite les idées.

Je me rendis au fitness tous les mardis et jeudis, et fis la connaissance de plusieurs femmes, jeunes hommes. Mais je n’étais pas venue spécialement pour trop bavarder, ce qui fait que je ne donnais pas suite aux avances de certains hommes et laissais parler les femmes, en écoutant ou, parfois je l’avoue, en faisant semblant d’écouter.

Cependant, je fis la connaissance de Martine, elle aussi agent immobilier, plus âgée que moi. Elle avait 57 ans, elle était rayonnante, épanouie, et j’eus envie de lui parler, d’échanger; peut-être parce que nous avions le même métier ou pour d’autres raisons. En tout cas, on avait du plaisir à bavarder ensemble, entre deux exercices.

Après plus de quatre semaines que nous partagions de petites discussions sympathiques au fitness, nous décidâmes d’aller boire un verre à la sortie de notre séance.

Nous prîmes un bon café avec un cookie, tout en rigolant sur les calories; nous échangeâmes sur notre métier commun, puis sur nos vies privées, et je lui contai rapidement ma tristesse toujours présente, suite à la disparition de ma meilleure amie d’enfance.

Je lui parlai de Tania, de notre enfance, de sa vie, de sa mère, de son père Roger, puis, d’un coup, elle me demanda : « Quelle est le nom de famille de Tania ? » « Bishop », lui répondis-je.

Je vis ma nouvelle amie, Martine, changer de couleur, devenir pâle. Sa voix tremblait quand elle me dit : « Mais alors, son père s’appelle Roger Bishop ? » « Oui », répondis-je. « Et quel âge a-t-il », me demanda-t-elle ? « 55 ans », lui dis-je. Puis elle me demanda encore : « Il ne serait pas professeur, professeur de mathématiques ? » « Oui », lui confirmai-je.

Elle me fixa droit dans les yeux et me dit : « J’ai été mariée, il y a longtemps maintenant, à cet homme, malheureusement ! »

Incroyable. Je ne sais plus quoi dire, ni quoi penser. « Tu veux dire que tu as été mariée au père de ma meilleure amie ? ». « Je le crois bien », me répondit-elle.

« Mais, tu m’as dit que tu as été malheureusement mariée à cet homme, pourquoi malheureusement ? », lui demandai-je.

« Ma pauvre Ellya, si tu savais, cet homme a été monstrueux avec moi ! » A ce moment-là, je sentis mon cœur commencer à battre plus vite. « Mais que veux-tu dire par là ? », m’exclamai-je.

Elle me raconta comment elle avait rencontré Roger, était tombée éperdument amoureuse de lui, comment rapidement ils se marièrent et vécurent ensemble à quelques kilomètres d’ici.

Tout allait bien, jusqu’au jour où, trouvant bizarre que Roger ne rentre que tard le soir plusieurs fois par semaine, elle décida d’engager un détective afin de savoir ce qu’il faisait; car ses cours se terminaient vers seize heures et, parfois même, il n’avait pas de cours, mais prétendait aller à l’école pour corriger des devoirs, ce qu’il faisait habituellement à la maison.

« Après deux semaines de filature, le détective me fit un rapport complet, avec photos », dit-elle.

« C’est comme ça que j’ai appris qu’il me trompait avec une enseignante stagiaire de vingt-deux ans. Il est allé jusqu’à lui payer des bijoux, repas au champagne, en puisant sur notre compte bancaire, en prétextant que c’était pour payer des factures de soins dentaires pour son père, enfin bref, un tissu de mensonges. »

« Mais il y a pire, bien pire ! », ajouta-t-elle.

« Quand je lui ai révélé que je savais tout sur sa relation extraconjugale, il a commencé par nier. Puis il s’est mis en colère, j’ai cru qu’il allait me frapper. Il m’injuriait en me disant que je le soupçonnais du pire et que c’était peut-être moi qui le trompais, jusqu’à ce que je lui montre les photos. Là, il me regarda, secoua la tête et sortit en claquant la porte. »

« A ce moment-là, j’ai compris que je n’avais qu’une chose à faire : demander le divorce. »

« Mais avec ce genre d’hommes, ça ne suffit pas. En attendant qu’il trouve un appartement, il est resté environ deux semaines dans la maison et, après quelques jours, j’ai commencé à avoir de fortes douleurs aux muscles de mes jambes, puis un peu partout. »

« Je suis allée voir mon médecin, qui ne diagnostiqua rien de particulier. Rentrée chez moi, je pris mon gros pot de yaourt maison et m’en servis une portion, comme à mon habitude; mais une odeur étrange se répandit au-dessus de mon yaourt, une odeur inhabituelle. Je fus intriguée et me résigna à ne pas en manger. Je m’assis et réfléchis. Et si ça venait de mon yaourt ? Peut-être que quelque chose à l’intérieur de ce dernier ne me convenait plus ? Ce serait nouveau, mais bon, pourquoi pas ? Et cette odeur bizarre, qu’est-ce que ça pouvait bien être ? »

« Je pris le yaourt, le ferma soigneusement et je décidai de l’amener immédiatement à la police, en expliquant que je désirais que quelqu’un fasse une analyse de ce yaourt, que je fais moi-même, mais qui avait une odeur suspecte. Je demandai s’il serait possible d’en faire une analyse chimique. »

« Après avoir attendu presque trente minutes, je fus reçue par un responsable du laboratoire scientifique de la police et, après avoir senti mon yaourt, il accepta d’en faire une analyse toxicologique. »

« Il me dit qu’il m’appellerait le lendemain dans la journée, sur mon portable. »

« Vers quatorze heures quarante-cinq, le lendemain, mon téléphone portable sonna. Je m’en souviens encore et me souviendrai toujours de l’heure et de cet instant, au moment où le verdict tomba. Mon yaourt contenait du sélénium, en forte quantité, et en ingurgitant régulièrement une telle dose, on peut parler d’empoisonnement. »

« Mais tu veux dire qu’il a cherché à te tuer en voulant t’empoisonner », dis-je à Martine.

« Oui. Alors imagine ma stupéfaction quand tu me parles de ce qui est arrivé à ton amie ! »

« En fait, Roger est un homme à femmes, mais la direction de son école est tenue par des Mormons, un mouvement religieux très conservateur et qui considère la famille comme sacrée; ce qui signifie que s’ils avaient appris qu’un de leur professeurs avait eu une relation extraconjugale, il y a de fortes chances pour qu’il fût licencié. C’est même certain. Et dans une petite ville comme Biddeford, on peut même dire qu’il n’aurait plus retrouvé de travail. Roger a  donc dû avoir peur de tout perdre. Par conséquent, il a décidé que sa carrière, son emploi dans cette école, passerait avant tout le reste. »

« A l’époque, j’ai porté plainte, mais Roger m’a suppliée de la retirer, et il m’a suppliée aussi de ne pas révéler pourquoi nous divorcions à mes amies, qui étaient souvent des femmes d’autres professeurs. »

« J’ai donc retiré ma plainte. La seule contrainte qu’il avait était de suivre un traitement thérapeutique chez un psychologue ou psychiatre, je ne sais plus très bien exactement … »

« Et depuis, je n’ai plus entendu parler de lui; nous n’avions pas d’enfants, rien qui nous liait. »

Elle me regarda. Son regard était vif, mais reflétait de la tristesse. Elle me dit : « Tu sais, toutes les personnes qui croisent ce triste personnage en subissent des préjudices, souvent graves, quand ce n’est pas fatal. »

Martine commença à se sentir pas mal. Elle me confia : « Je n’aurais pas dû retirer ma plainte à l’époque, comme ça ce triste individu aurait certainement fait de la prison et n’aurait pas pu nuire à d’autres personnes. »

Bien qu’étant un peu d’accord sur le fond, je la rassurai en lui disant qu’à sa sortie de prison, il aurait peut-être continué. On n’en sait rien.

Mais je commençai à penser que je ne pouvais pas en informer la police, car Tania ne vivait pas sous le même toit que son père. Par contre, elle le voyait une ou deux fois par mois, et parfois chez elle.

De plus, ses symptômes ressemblaient étrangement à ceux de Martine.

Que devais-je faire ?

Les conséquences d’une enquête, suite à de tels soupçons, dans une petite ville comme la nôtre, où presque tout le monde se connaît, seraient terribles, surtout pour un enseignant qui pratique encore dans l’école publique de la ville.

Martine comprenait bien et devinait parfaitement à quoi je pensais depuis quelques minutes. Elle ne disait rien, me laissait réfléchir, puis me dit : « Tu sais Ellya, as-tu vraiment le choix ? Tout d’abord, pour aider à éclaircir le mystère de la mort de ton amie, mais également, si c’est vraiment lui qui est en cause, pour le mettre hors d’état de nuire à l’avenir. Pour ma part, je t’aiderai dans cette démarche, tu peux compter sur moi. »

« Merci Martine, je sais, je sais déjà ce que je dois et ce que je vais faire, je suis juste sous le choc, en ce moment ! »

« Mais faut-il en parler à la mère de Tania, l’avertir, ou ne rien lui dire ? »

« Il faut y réfléchir. Je crois que l’on sait quelque chose que l’on ne peut pas garder pour nous. Peut-être devrions-nous en parler à la police et les laisser faire », demandai-je à Martine.

« Le mieux serait de se voir demain, à midi. Es-tu libre, Martine ? On pourrait manger ensemble et discuter. »

« Je vais me libérer », me répondit-elle. « On se voit au Pam’s Pub ! », précisai-je. « Oui, très bien, on pourrait se manger un de leurs fameux big burgers maison ! », ajouta-t-elle. « En effet », lui dis-je en souriant.

Cette nuit-là, je m’endormis facilement et fis à nouveau un rêve étrange, mais qui me réconforta, qui me donna comme une énergie incroyable, une confiance en moi totalement irrationnelle; car j’aurais dû, au contraire, être angoissée. Mais ce rêve que j’avais déjà fait quand Tania avait eu son accident à vélo, je venais de le refaire, pour la deuxième fois de ma vie.

A nouveau, je volais, marchais sans me fatiguer, avec toujours cette énergie très lumineuse, blanche et jaune à la fois, juste à mes côtés.

A mon réveil, j’avais à nouveau ce sentiment de pleine confiance en moi. En fait, je m’attendais à être dépitée après ce que m’avait dit Martine, mais au contraire, j’étais déterminée, presque heureuse de pouvoir participer à l’élucidation de la mort mystérieuse et subite de Tania.

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Rencontre avec un petit ami perdu de vue

Ce matin, je devais faire visiter une propriété à un couple qui désirait acquérir leur première maison, un charmant jeune couple, qui attendait un enfant pour dans quatre mois. La visite se déroula bien, je les sentais fortement intéressés. On termina notre rendez-vous vers onze heures quinze. Je pensais qu’ils allaient certainement me rappeler pour que l’on signe une proposition d’achat, ce qui me réjouissait, car les affaires étaient calmes en ce moment.

Ne voulant pas commencer autre chose en cette fin de matinée, je décidai de me rendre directement à pied jusque au Pam’s Pub, qui était à six cents mètres d’où je me trouvais. Je pourrais ainsi travailler sur ma tablette en attendant Martine.

En entrant dans le pub, je tombai nez à nez avec Serge, un ami, ou plutôt devrais-je dire un ex-petit ami, avec lequel j’avais rompu il y a quelques années, trois ans pour être plus précise. Celui-ci fut tout aussi surpris que moi. On se sourit et, vu qu’il était avec d’autres amis ou collègues, on ne put échanger qu’un bref regard et que se dire le traditionnel « Salut, ça va ? »

Tout en allant m’asseoir, je me dis que ça restait un bien bel homme et je me demandai pourquoi, pour quelle raison, je l’avais quitté. Les raisons qui me venaient en tête, tout en m’asseyant à une table avec vue sur l’extérieur du pub, me parurent futiles.

Je me fis la réflexion que ma vie sentimentale, amoureuse et sexuelle était assez plate, puis mon portable sonna et m’arracha à mes pensées. « Allo oui, c’est Ellya ». « Salut Ellya, c’est Martine, je vais avoir quelques minutes de retard ! » « Pas de problème ! », lui répondis-je, « Je suis déjà au pub. Je ne bouge pas. A tout de suite ! »

Puis, j’allumai ma tablette pour aller voir mes courriels. Le couple qui avait visité ce matin la maison avec moi m’écrivait déjà.  Ils avaient deux questions et m’informaient qu’ils allaient certainement se décider dans la journée. Bon, et bien, bonne nouvelle, me dis-je.

Tout en répondant aux deux questions qu’ils m’avaient posées, je sentis le regard insistant d’un homme assis au bar. Il me regardait, mais pas vraiment dans les yeux. Je sentis comme une bouffée de chaleur monter en moi. En fait, je ne m’étais pas rendu compte qu’en m’asseyant, ma jupe, pas très longue, était remontée un peu trop et moi, qui ai l’habitude d’écarter un peu mes cuisses pour être plus à l’aise, j’offrais un spectacle bien involontaire, tellement j’étais prise dans mes pensées, à cet homme, qui ne s’en privait pas. Mon visage devait certainement être tout rouge à ce moment-là. Je levai la tête dans sa direction tout en resserrant mes cuisses. Il me fit un grand sourire et se retourna face à sa bière pour en avaler une gorgée tout aussi grande.

J’étais à la fois flattée de plaire et pas fière de moi. J’aurais pu y penser ! Je finis mon courriel et l’envoyai.

Je me laissai bercer, pendant un petit moment, par la musique du pub, bus une gorgée et repensai à Tania. Comment avait-elle pu souffrir autant, sans alerter sa mère, ni moi ? Elle arrivait à faire croire que tout était normal, quand, visiblement, elle souffrait véritablement beaucoup. Mais peut-être que de faire semblant que tout allait bien la soulageait, que ça lui donnait l’impression d’avoir une vie normale dans ces moments-là ?

Martine arriva à midi cinq, essoufflée. Elle s’assit comme une masse sur sa chaise. « Finalement, tu sais Ellya, je peux encore être contente de pouvoir faire ma pause, car mes clients avaient beaucoup de retard et, finalement, ils m’ont appelée pour déplacer le rendez-vous. Ce n’est pas plus mal, car j’aurais dû annuler notre rendez-vous. Mais tu connais la chanson, tu fais le même job que moi ! » « Eh oui ! », lui répondis-je en souriant.

Nous commandâmes chacune un big burger maison et, sans plus attendre, la discussion s’orienta sur le père de Tania.

« Tu sais, Martine, c’est impossible. Si le père de Tania est responsable de sa mort, le laisser enseigner, prendre le risque qu’il recommence, ce n’est pas possible ! Je suis d’avis que nous devons, au plus vite, aller en informer la police ! » Elle acquiesça immédiatement de la tête. « En effet, je pense la même chose et ça me rend malade quand je pense à ce qu’il m’a fait et qu’il a très certainement recommencé sur Tania, sa propre fille. Ce type est un monstre ! »

Au pub, la musique était forte et tout le monde parlait fort, mais l’ambiance était bonne. Sur le point de finir leur repas, elles décidèrent de convenir d’un rendez-vous pour aller au poste de police. Le lendemain après-midi, à quinze heures trente, ce serait le premier moment où toutes les deux auraient au moins deux heures de libre pour aller faire leur déposition.

Elles commandèrent chacune un café et profitèrent de la musique, de l’ambiance, pour essayer d’oublier cette sombre affaire. Elles n’y arrivèrent pas complètement, mais chacune essaya de faire mine de penser à autre chose. Elles parlèrent un peu de leur travail respectif et ce fut rapidement le moment de payer et de partir au travail.

Nous nous séparâmes sur le trottoir devant le pub. Nous nous fîmes la bise et je partis directement à mon bureau, en voiture, ce qui ne me prit pas plus de cinq minutes. Je sortais de ma voiture quand j’entendis : « Hello Martine, ça va bien ? »

C’était le directeur de l’agence immobilière, Raymond, tout sourire, visiblement de bonne humeur, pour une fois. « Très bien, Raymond, merci et toi ? »

« Parfait ! Je viens de signer, alors ça ne peut pas aller mieux ! » Raymond avait la cinquantaine, divorcé, deux enfants. Il dirigeait depuis dix-huit ans sa propre agence franchisée dans l’immobilier. Il était caractériel, souvent de mauvaise humeur, mais plutôt sympathique avec moi, en général. Il faut dire que je suis agent immobilier indépendante chez lui. Je lui loue mon bureau, je paie pour porter le nom de l’enseigne et j’ai, par conséquent, une grande indépendance. Je dois respecter la chartre de la franchise, mais je peux m’organiser comme je désire, ce qui me laisse une très grande indépendance et liberté d’action.

« Ah oui, au fait, Ellya, tu n’oublies pas notre réunion de vendredi neuf heures ! Je compte sur toi ! » « Pas de problème, j’ai agendé ça, déjà. Je serai là ! », lui dis-je en lui faisant un beau sourire, ce qui, manifestement, le satisfit.

Le lendemain, après deux visites de maisons avec des clients, je me rendis devant le poste de police pour attendre Martine. Celle-ci arriva presque en même temps que moi. J’étais heureuse qu’elle soit là, car son témoignage était crucial. Tout reposait sur ce qui lui était arrivé quelques années auparavant avec  Roger, son mari d’alors.

Nous fûmes accueillies chaleureusement par le policier responsable de l’accueil, qui nous invita à prendre place dans une petite pièce, qui, heureusement, avait une fenêtre, car j’aurais une certaine tendance à être claustrophobe.

Nous étions en train d’attendre le responsable de la police judiciaire depuis dix minutes quand ce dernier fit irruption dans la pièce. Il nous serra fermement la main et nous invita à le suivre dans son bureau.

Après environ quinze minutes d’explications, pendant lesquelles je lui ai exposé les faits au sujet de Tania et Martine lui raconta son histoire avec Roger, Claude Barzin, notre interlocuteur, nous demanda si nous voulions un café. Mais, ni Martine, ni moi, n’en voulions. Il s’en servit une tasse, but une gorgée et secoua la tête en disant : « Votre histoire est vraiment incroyable et vous m’avez convaincu de rouvrir l’enquête. Merci, mesdames, d’être venues spontanément m’en parler ! »

Nous étions heureuses, Martine et moi, de voir que, tout de suite, un enquêteur professionnel allait rouvrir le dossier de Tania.

Il nous confirma qu’il serait judicieux de ne rien dire à la femme de Roger pour le moment, afin de ne pas compromettre l’enquête, et qu’il l’informerait, en temps voulu, il verrait encore sous quelle forme.

Nous sortîmes du poste de police rassurées et j’invitai Martine à aller prendre un verre. Mais celle-ci déclina, car elle avait un rendez-vous professionnel à peine vingt minutes après. Nous décidâmes de reporter cette sortie à plus tard. On se verrait juste après notre prochain cours de fitness.

En me rendant à ma voiture, je croisai Serge, qui marchait et il arrivait juste en face de moi, dans ma direction. Il était seul. Sitôt qu’il me vit, il me sourit et me dit : « Deux fois dans la même journée, waw, c’est un signe ! Tu ne peux pas refuser de venir boire un verre avec moi ! » Je le regardai et lui dit : « Eh bien, tu n’as pas changé, tu ne perds pas de temps ! T’as pas une petite amie qui t’attend ou une femme avec qui aller le boire ? », lui demandai-je. « Non », me répondit-il, « je suis seul en ce moment … mais je n’insisterai pas. Si tu ne peux pas, je comprendrai » « Ecoute, Serge » lui répondis-je, « juste un verre, rapidement, et je rentre ! » « Ok », s’empressa-t-il de me répondre.

Il y avait un sympathique petit bar juste à côté. On décida de s’y rendre. Je sentis les yeux de Serge se balader sur les courbures de mon corps, qui, visiblement, ne le laissaient pas indifférent.

On prit deux bières blanches et on commença à parler de nos emplois. Il me dit que, depuis deux ans environ, il était détective privé. « Waw », lui dis-je, « je n’aurais jamais cru que tu te lancerais dans un tel job ! » « Eh oui », me répondit-il, « et en plus, j’adore ce job ! Tu n’imagines pas … c’est varié, je ne suis pas toute la journée derrière un bureau, chaque nouvelle enquête est une nouvelle aventure. Je suis souvent en filature et chaque nouvelle enquête, c’est comme une nouvelle histoire à vivre, à découvrir. Il n’y a pas trop de routine, dans ce travail. Par contre, les horaires sont parfois longs et il arrive que je travaille de nuit. Mais comme je vis seul actuellement, ça me va ! »

« Enfin bref, j’adore mon job ! » Puis il me dit alors : « Comme ça, toujours pas mariée ? »

« Il faudrait déjà que je trouve un homme qui me plaise au point d’envisager une vie à deux », lui dis-je, « et ensuite le mariage, faudra voir. En plus, j’ai une vie assez mouvementée ces temps-ci … » Et je commençai à lui compter la malheureuse histoire qui était arrivée à Tania.

« Ce n’est pas possible, ce que tu me racontes là, ça fait mal. » En effet, quand on se fréquentait, Tania était souvent venue passer des soirées chez nous. « Mais c’est terrible ! », rajouta-t-il, « et tu penses que la police va faire quelque chose ? »

« J’espère vraiment », lui répondis-je, « car ça me préoccupe beaucoup actuellement. » « Je te comprends, Ellya », dit-il. Il me prit la main comme pour compatir, puis la relâcha.

Nous continuâmes à parler de choses et d’autres pendant quelques minutes et je lui dis que je devais rentrer. Nous sortîmes et nous nous embrassâmes tendrement. Je le sentis se serrer un peu trop près et trop fort contre moi, mais ce fut bref. Je n’eus donc pas le temps de l’éloigner. Puis nous nous quittâmes en nous souhaitant mutuellement une bonne continuation.

Je fis une soirée tranquille devant la télévision, mais ma tête était occupée à penser à Serge et à son activité de détective. Ça m’intriguait. En fait, il avait réussi à rendre passionnante, par son explication, son activité de détective. Je l’imaginais dans toutes sortes de situations et trouvais ça très excitant. Je fus même étonnée d’y penser autant. Puis, bon, je replongeai dans le film et terminai la soirée tranquillement, couchée sur le divan placé juste devant mon téléviseur.

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